LUX
Exposition du 10 octobre 2014 au 4 janvier 2015
Vernissage le vendredi 10 octobre 2014 à partir de 18h00
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Les artistes

Martine Aballéa - Michel Blazy - Véronique Boudier - Daniel Buren - Jean Daviot - Anne Deguelle - Rodolphe Delaunay - Erik Dietman - Sophie Dubosc - Alain Fleischer - Michel François - Jacob Gautel et Jason Karaindros - Carsten Höller - Pierre Huyghe - Ann Veronica Janssens - Jugnet + Clairet - Bertrand Lavier - Ange Leccia - Claude Lévêque - Arik Levy - Bérénice Merlet - François Morellet - Andrea Nacciarriti - Stefan Nikolaev - Laurent Pernot - Pierre Petit - Géraldine Py et Roberto Verde - Jean-Claude Ruggirello - Jeanne Susplugas - T - Alan Vega

Commissaire : Michel Nuridsany

L'oeil doit son existence à la lumière. (Goethe - Le traité des couleurs)

Au début de la Genèse, il est dit qu'Elohim sépare la lumière des ténèbres. Phrase stupéfiante, car, alors, les ténèbres contiennent la lumière. Comment cela peut-il être ? Qu'en est-il de cette lumière mêlée aux ténèbres ? Les ténèbres sont-ils encore les ténèbres ? Et la lumière ?

Comment installer la présence de la lumière dans une exposition alors que la dualité gouverne un réel physique où les photons, sont à la fois corpuscules et ondes et alors que les temps où Paris s'affirmait en " Ville lumière", seule de son espèce, et où "La fée électricité" de Dufy s'affichait en plus-grand-tableau-du-monde appartiennent au passé ?
En faisant l'obscurité. En partant de ce point aveugle des premières lignes de la Genèse, où les ténèbres contiennent la lumière tout en demeurant ténèbres. Le visiteur se trouve ici plongé dans une obscurité plus ou moins indistincte où se déploie une mise en scène fluide qui s'attache non à "canaliser" les débordements de la lumière, mais à organiser sa diffusion de façon à répartir dans l'espace des jeux d'intensité et, sinon "toutes", du moins beaucoup des variantes qui la constituent.

Voici d'éphémères, délicates et fragiles bougies installées dans des chaussures avec un certain sourire et des regards en coin vers Magritte par Erik Dietman ici, là les éblouissants éclats d'Ann Veronica Janssens qui provoquent vertiges et pertes de repère. Voici les lueurs assourdies d'une ampoule que Sophie Dubosc saisit dans du ciment ici, là l'ivresse hurlante des néons d'Andrea Nacciarriti, empilés dans un caisson à côté de la vidéo de Jean-Claude Ruggirello qui nous montre, selon un mouvement horizontal impavide, de multiples couchers de soleil en suspens.

Cette exposition, ni illustrative, ni démonstrative, ni théorique, se donne à voir comme une approche sensible, poétique on l'espère, du visible et de ce qui le fonde, c'est à dire de la lumière créatrice. Disons la lumière comme révélateur. Des interrogations, des violences, des perturbations, des vacillements de l'époque, des déconstructions qui l'atomisent, des failles qui la traversent, des troubles sociaux même, qu'elle révèle. D'une sorte d'innommable aussi qu'elle fouille et caresse, n'éclaire pas toujours.

Dans le passé, au-delà du souci d'affirmer la planéité du tableau, au-delà du cubisme analytique où il prend sa source, l'Orphisme de Sonia et Robert Delaunay avait affirmé la destruction de l'objet en puisant son inspiration dans la lumière elle-même, dans sa vibration.
Peu après, en 1918, réfléchissant sur l'icône, censée diffuser la lumière divine mais qui ne le faisait qu'à travers l'or dont la peinture se parait, non à travers la peinture elle-même, Malevitch réalise, blanc sur blanc, une icône constituée de lumière et qui la diffuse. Le blanc dont elle est constituée n'est-il pas concentration plus qu'addition de toutes les couleurs ?

C'est à partir de ces deux sources, essentiellement, que s'articule l'exposition, mettant en oeuvre le pouvoir analytique de la lumière, sa capacité à désigner, à révéler. A surprendre aussi. Souvent. L'exposition se propose de montrer, au fond, comment la lumière rend perceptible la lumière.

Michel Nuridsany